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Albert Bensoussan

Le Vertige des étreintes

Le Vertige des étreintes, d’Albert Bensoussan débute avec l’évocation de l’Algérie de son adolescence, l’éveil des sens partagé entre la tradition juive de sa famille, les séductions chrétiennes et la culture arabe de ses premières amours. De femme en femme, d’Algérie en Espagne puis en France ou ailleurs, d’odalisques en geishas, dans une atmosphère de fantasmes et de rêveries où l’humour le dispute à l’ironie, l’auteur reconstruit l’identité de son passé d’homme, son parcours cosmopolite, scandé par la rencontre puis l’absence jusqu’à la future disparition des êtres aimés. Le décor est, pour l’essentiel Alger, la cité matricielle, dont le récit exalte les splendeurs, épouse les soubresauts. Pour affirmer, au temps de l’arrachement et de la dépossession, la nécessaire transmission, le mirage d’un engendrement. L’adieu aux miracles anciens, fût-ce au prix du vertige, s’accompagne d’heureuses larmes en d’ultimes étreintes.

Albert Bensoussan est né en Algérie dont il a partagé les déchirements dans son premier récit, Les Bagnoulis. Il vit parmi les brumes bretonnes dont le libéra Maurice Nadeau en publiant sa Bréhaigne. D’Une saison à Aigues-les-Bains aux Anges de Sodome, son parcours littéraire reste celui d’un exilé du vert paradis. L’Alger de son adolescence, qui inondait les plages solaires de Pour une poignée de dattes, brûle encore dans les cendres d’un passé aboli et survit sur les sables d’un rivage revisité. Le vertige des étreintes est parcours de ville, entre rires et pleurs, fiction de vie, entre songe et mensonge, tréteaux d’un monde qui, dans l’embrasement des sens, entend échapper au trou noir.

Extrait

Extrait 1

« Son prénom, si peu courant et fascinant, avait été créé exprès pour les rayons de ses yeux. Un visage encadré de flamme, et tout son être était de passion. Et de charme. Ses yeux, quelle couleur ? Moi je les ai toujours vus topaze, et sans doute étaient-ils entre vert et bleu, mais je savais qu’elle avait des yeux de miel. Nous nous sommes aimés sans pouvoir nous aimer. Sans pouvoir vivre ensemble. À tout jamais son baiser fondit sur mes lèvres.

Je te cherche, Dihya, ma sultane, sur le cercle trouble de l'eau où j'éparpille mon regard à percer ton reflet, quelque part, entre l'écume et l'onde, sur la crête d'imperceptibles effritements, quelque part, aux creux moussus où s'enflent les marées, au-delà du voile des paupières, et plus profond qu'en ce nœud d'entrailles où geignent les secrets mouvements de mon être.

Je te cherche, Dihya, ma sultane, entre la pulpe et l'écorce, entre la tige et la sève, entre le rêve et l'éveil, au-delà des carrousels figés de la courbe étoilée, entre la nuit et l'ombre, entre l'aube et le jour, entre le chacal et le loup, sur le fil englouti de l'orage, sur le flux isocèle des nuages.

Dihya, je te cherche partout où la cassure des mondes laisse passer le mirage de ton visage. »

 

Extrait 2 

«  C’était le temps des feuilles volantes où la tête tournoyait. Alors je m’asseyais dans mon lit, fermais les yeux, regardais en arrière, derrière, en amont, et tout un flot d’images me submergeaient, en parfait désordre. Mais je savais que le rêve avait ceci de bon qu’il savait donner corps et faire place nette : apaiser l’angoisse. Rêver c’est toujours suivre son désir et le réaliser, nest-ce pas ?

Déjà la France s’effaçait de ce rivage, et nous étions là, troufions du dernier quart d’heure, débarrassant la table, démontant les casernes, remballant nos munitions dans des caisses, convoyant clandestinement les soldats qui s’étaient trompés de camp, ces harkis que vomissait l’histoire… Et Mers-el-Kebir était l’ultime enclave où s’entassait l’espoir, et les radeaux du naufrage levaient l’ancre…

L’Algérie disparue, nous la portons en notre chair comme une paupière béante. »

 

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