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Noiret, Gérard

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Recueil de poèmes composé au départ des inscriptions qui saturent nos murs. Tags en est l'interprétation poétique, confrontant les thèmes de la crise et de l'inquiétude historique. 55 p. (1994)

Gérard Noiret est membre du Comité de rédaction de La Quinzaine littéraire et auteur de plusieurs recueils de poèmes, dont Le jour aux alouettes (Temps actuel, 1982) Chatila et Le commun des mortels (Actes Sud, 1986 et 1989) ; un premier roman Chroniques d'inquiétudes (Actes Sud, 1994)

Extrait

Ce sont des inscriptions restreintes à un rapide bombage. Elles incrustent dans l’aube des mégapoles leur agression fluorescente. On les découvre sur une vitrine, un poteau électrique, les parois extérieures du RER ou ces vestiges d’usines le long d’un fleuve; jamais sur une tortue de pierre avec un socle et un faîte témoignant de la stabilité !

« Signatures », elles revendiquent l’individu mais introduisent un imaginaire valorisant, en dépit de tout, la satisfaction immédiate. Il faudrait, pour bien comprendre, les imaginer tracées sur nos murailles qui s’effondrent; se percevoir comme transition. Car nous ne ferons pas mémoire et elles disent, non la fin de l’empire, mais le déjà du monde fini.

Signes arrondis ou aigus, le lecteur de Michaux distingue au sein de leur prolifération celles qui portent l’être. Il les note, en assure une transposition (fût-ce au prix de contresens); le vers coudé gardant trace de l’urgence chorégraphiée, les majuscules sans grammaire signalant les énergies intermédiaires.

... Le lecteur de Michaux, le curieux épris de manifestations d’avant ou d’après le langage et quiconque déplora l’absence d’histoire lors d’une escale avant d’apprendre, son avion ayant à peine décollé, que le quotidien qui le désespérait avait désormais les réflexes du tireur isolé. Que derrière sa placidité, la foule ruminait des rêves de purification.

 

TOURS

Au cinquième Tu étouffes parmi les étages Et cours aux fenêtres

Maudire Epaules dans le vide Mais aucune faute aucun salut

Ne justifie

L’absurde qui défèque et déchaîne Au même instant les mêmes bruits

Et la Lune

Est aussi muette que le vent Incapable de lire sur nos lèvres

 

Sans gêner le programme Ta grande se prépare Ote les savates

Revient D’une autre démarche Plus avant sur les pointes

Comme on tiendrait compte de la jungle Elle corrige l’impact des talons...

Après quoi elle embrasse et vous confie Aux amulettes sculptées

A fleur d’anciens indicatifs

 

Oh savoir des géographies à dix mille kilomètres Des cadastres émouvants Et même

Si la mémoire est imprécise au tournant près Oui pouvoir les yeux fermés

Retrouver cette hanche solitaire Une main qui éteint la pesanteur

N’être plus l’engourdi au vin blanc Une vigie molle approuvant les histoires

Tandis qu’en sa paume la monnaie Tressaute et devient fourmilière

 

MÉTRO

Une semaine sans argent ni appui Te voilà N’importe qui

Ce clochard bras tendu

Dans le veston frippé il sourit Convaincu de tenir encore par la selle

Le vélo de son fils

Tandis qu’au mur Des merles disputent Les grappes racornies

D’une vigne rousse

 

ICI

Tout corps plongé dans la langue reçoit Une poussée verticale de haut en bas

Qui Sous forme de prière de poème... Tout corps plongé dans la langue reçoit !

Mais il y a trop d’âme en otage Trop de jours aux mains du quotidien

C’est à peine si De poteau en poteau Les fils répercutent nos efforts de vivants

 

PÉNÉLOPE

Elle est partie L’homme au torse de plongeur La poussait dans les commérages

Qui peuvent en quelques minutes Blanchir le bœuf exorbité

Sacrifié au passage du fleuve Elle est partie Celui qui jamais n’a senti

Le mouvement de l’autre Se tournant pour dormir Jettera la première pierre

 

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