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Blunden, Edmund

La Grande Guerre en demi-teintes

Undertones of war est un classique anglais de la Grande Guerre. Salué comme le meilleur récit de son genre, ce texte a été publié à Londres en 1928. Le voici enfin traduit pour la première fois en français. Le poète Edmund Blunden y relate son expérience dévastatrice de la guerre de tranchées en France et en Belgique. Il prend part aux batailles meurtrières de la Somme, Ypres et Passchendaele, où il décrit cette dernière comme “le massacre, non seulement des soldats mais aussi de leur foi et de leurs espoirs”. Dans une écriture poétique mais sans emphase, il raconte la ténacité, l’héroïsme et le désespoir des hommes de son bataillon. Ce texte est enrichi de 31 poèmes de l’auteur composés sur le front. 380 p. relié, 25 €

Edmund Blunden a été sélectionné six fois pour le prix Nobel de littérature. 

Edmund Blunden (1896-1974) a été sous-lieutenant au Royal Sussex Regiment jusqu’à la fin de la guerre. Enrôlé à dix-neuf ans, il a participé à de lourdes offensives à Ypres et sur la Somme. Il a été décoré de la Military Cross.

 

 

Traduit de l’anglais par Francis Grembert.

 

Extrait

Extrait du chapitre 15, “Théâtre de guerre”

« Une nuit, tandis que j’étais loin en avant, notre artillerie donna soudainement de la voix, sans raison apparente, et pilonna le front allemand. Au sud comme au nord, le bruit hideux enfla. Les Allemands illuminèrent le terrain de leurs fusées éclairantes, nous obligeant à nous plaquer au sol et à anticiper le pire. Les canons britanniques nous manquèrent de peu. Au pas de course, nous rejoignîmes notre misérable rambarde pour savoir de quoi il en retournait. Il nous fut répondu que quelqu’un avait déclenché l’alerte aux gaz. Nous n’avions pas senti de gaz là où nous étions et tremblions maintenant à l’idée des représailles. Étrange assentiment ! L’ennemi ne donna pas immédiatement signe de vie ; et au bout de quelque temps les patrouilleurs s’aventurèrent dans le boyau Haymarket. Une stupéfiante furie d’obus lacéra alors la sombre allée et nous voilà au pas de course (mon asthme ne m’empêcha pas d’atteindre la vitesse du lièvre). Les obus claquaient dans la tranchée et nous faillîmes étouffer sous la fumée. La réponse précise et bien dosée qu’apportaient les Allemands à l’agressivité britannique cessa ensuite et nous pûmes, haletant, pousser la complainte à la lueur des bougies du poste de St James.

Le commandement émit l’idée que nous devrions être vêtus de blanc pour patrouiller dans la neige. Mais quand le sergent-major Swain nous amena un gros colis, il ne contenait que des robes de chambre pour dames, très seyantes, et non des uniformes blancs. » 

(Extrait du poème, Troisisème bataille d’Ypres)

« Triomphe ! Avec quelle force et quelle étrangeté nous avions triomphé

De la haine lasse que générait la vile et interminable guerre

À l’heure où des linceuls gris émergeait à nouveau

Le jour d’été. Parmi le chaos des monts de terre

Et des fascines de tranchée perçait la lumière,

Qui timide souriait à notre nouvelle fierté ;

Ayant survécu à la terreur d’une nuit d’attente,

Nous n’avions pas le temps ni le cœur

Pour le décompte de tant d’amis tués à l’assaut.

Aucun bras de la pieuvre ne nous avait happés.

Notre botte écrasait le vieux tyran.

Nous dévalions en criant les monstrueuses cavités de la terre.

Un calme insolite recouvrit la dévastation,

Un calme que ne pouvaient tolérer ceux qui avaient cru entendre

Les batteries se déplacer à la hâte

Derrière le couvert des collines,

À la recherche de nouvelles et savantes positions.

Non, souriait la Foi,

Elles se sont tues, défaites.

Elles ne se replient pas, gisent au milieu des canonniers,

Tordues, étouffées, elles se tairont à jamais.

Seul le bosquet, où a pu s’élever autrefois une chapelle,

Continuait d’envoyer de soudaines volées de balles.

Ce serait la fin de la Guerre, le Front se déplaçait ;

D’un bond, ce qui ne pouvait être franchi l’avait été,

Et nous attendions, tapis dans l’extravagance de notre joie.

Le jour s’assombrit, frissonne ; n’aurons-nous aucun message

De ceux qui ont percé les lignes

Et inondé les nouvelles positions ? Mais rien ne vient ou presque,

Aussi sûr qu’une estafette, le Temps a jeté l’ancre. » 

 

 

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