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Jean-Louis Vallecalle

Mon frère

En librairie le 6 mars 2020

« Chez nous, les hivers sont rudes, car, l’argent du foyer, comme le prétend ma mère, semble atterrir dans les bistrots, nous n’allumons jamais le chauffage. Alors, mon corps meurtri doit supporter un nombre incalculable de couvertures qui ne font, en plus du froid qui s’infiltre à travers mon infirmité, qu’accentuer mes douleurs. Cette saison est si longue, que parfois, je voudrais mourir. Mon frère doit aussi souffrir du froid, parce qu’il n’oublie jamais, quand il vient me voir, de me border. Ensuite, il s’assied au bord du lit, m’enveloppe de ses bras, et chasse tout l’air qui pourrait s’être engouffré dans mes draps. »

La narratrice est une jeune fille handicapée, incapable de se mouvoir et de parler, réduite à des fonctions végétatives. Son seul véritable contact : un frère aimant. L’auteur accompagne le cheminement intérieur de son personnage dans un récit sobre et précis. Mon frère : un témoignage poignant et sensible aux puissances de l’écriture, de la folie et de la chair.

Né en 1957 à Bastia, de père et de mère corses, Jean-Louis Vallecalle a suivi les cours du Conservatoire de musique de Toulouse et exercé la profession de pianiste. Il a commencé en 1983, un travail d’écriture. Mon frère, d’inspiration autobiographique, est son premier roman publié à compte d’éditeur.

 

Extrait

« J’ai quatorze ans. Je n’ai aucun moyen de communiquer si ce n’est de pouvoir fixer longuement ceux qui me regardent pour essayer de leur faire comprendre, bien que je ne puisse parler, bouger mes membres, dire si j’ai faim ou soif, que je suis capable de m’exprimer. Heureusement que mon frère, mon cadet d’un an, s’arrête devant moi et s’interroge. J’en suis sûre car cela lui arrive trop souvent. En tout cas, je ne cesserai jamais d’y croire. Il faut bien que je me raccroche à quelque chose. Des fois, contrairement à tous les autres membres de la famille, il me parle, et comme il continue, c’est qu’il s’imagine que je lui réponds. Pourtant, il sait, vu mon fort handicap, que j’en suis incapable. »

 

« Ma mère apparaît, avec, à l’odeur, des Vaches qui Rit écrasées dans une assiette de vermicelles. C’est l’heure de ma bouillie. Pourquoi ne me laisse-t-elle pas mourir de faim ? J’essaie, avec beaucoup d’efforts de serrer les dents, pendant qu’elle cherche à faire entrer de force la cuillère. Alors, elle me pince les joues, jusqu’à les rejoindre, afin que j’ouvre la bouche. Au milieu des larmes, j’avale ce que je voudrais vomir. Les gencives en sang, j’aimerais lui exprimer mon mépris. Seulement, je sais que je n’ai pas été non plus un cadeau pour elle. Enfin, je viens d’ingurgiter la dernière cuillère et vais avoir droit à ma banane quotidienne qu’elle aura aussi écrasée dans une soucoupe. Maintenant, elle ôte ma couche et m’essuie succinctement sans traiter mes plaies. Elle pense ainsi, que j’attendrai avant de me faire dessus. Ce que d’ailleurs je fais pour éviter les brûlures dont je ne parviens à m’habituer. Heureusement que mon frère n’oublie pas de m’appliquer, quand il s’en rend compte, du lait bébé avec un morceau de coton. »