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Anton Stoltz

Le Jardin du Lagerkommandant

"Avis aux négationnistes, qui osent encore relever la tête, telle une hydre multipliant d’odieux tentacules : le récit d’Anton Stoltz, d’une remarquable efficacité par le point de vue adopté privilégiant le jardin (sans fleurs) sur la cour (jonchée de cadavres), est une pierre blanche sur le tombeau du souvenir." (Albert Bensoussan La République des livres 24 11 2020)

Automne 1943. Dans le camp d’extermination d’Auschwitz, Anna, la femme de l’Untersturmführer Hans Nebel chargé de la comptabilité et du fichier du camp d’Auschwitz, désire ardemment posséder un jardin comme celui du Lagerkommandant, agrémenté d’une serre, où pourraient être cultivés des fruits exotiques... 

Le récit est mené du point de vue d’Anna. Celle-ci mène une existence plutôt tranquille et confortable dans une « villa » située à quelques kilomètres du camp d’extermination, et est tenue par son mari dans l’ignorance du fonctionnement exact de la gigantesque machine de mort en cours. Sa préoccupation principale est d’élever ses enfants et de mener une vie mondaine en compagnie d’autres femmes d’officiers SS, tout en employant à son service des détenus juifs ou fondamentalistes, dont la survie dépend du bon vouloir de la maîtresse de maison.

Ce roman, d'une rare puissance d'évocation et d'une grande force d'écriture, apporte un autre éclairage et un angle inédit sur l'une des pages les plus sombres du nazisme. 

Anton Stoltz est un écrivain canadien né à Sherbrooke. Après des études en histoire et en économie, il a passé un certain nombre d’années à l’étranger, où il a travaillé à titre de traducteur au sein de diverses entreprises et organisations. Le Jardin du Lagerkommandant est son premier roman. 978-2-86231-296-5. 192 pages, 19 €

Extrait

Extrait 1

« Nous avons bu toute la soirée. À la fin, Hans s’est mis à disserter sur l’impératif catégorique de Kant, un philosophe dont il aimait lire les ouvrages lorsqu’il était étudiant. Il s’est demandé en quoi le national-socialisme avait ajouté à la morale de « l’homme de Koenigsberg?», comme il se plaît à le désigner. Il a dit que la morale au sens où l’entendait Kant ne pouvait être discutée que si des hommes tels les gens du Corps avaient le courage de poser la question de l’impératif catégorique en termes dramatiques, excessifs, grâce à une action nouvelle, inconcevable jusque-là pour l’esprit humain. 

Je n’ai pas compris grand-chose à ce que racontait Hans, surtout lorsqu’il a parlé d’impératif catégorique, je n’entends rien à la philosophie, mais pour ne pas être en reste je lui ai dit :

— Tu n’es évidemment pas Kant, mais ton expérience à Auschwitz vaut bien la sienne à Koenigsberg. Il n’y a pas de honte à compter les morts, comme il n’y a aucune honte à être vendeur dans un magasin de chaussures ou fossoyeur.

Ma phrase a piqué Hans au vif. Il s’est emporté et a répliqué :

— Ce ne sont pas là des activités du même ordre, Anna.

Tel n’était pas mon avis. Tous les métiers avaient une valeur. Et celui qui consistait à compter les morts valait bien les autres, si l’on voulait bien considérer la question autrement que par le petit bout de la lorgnette. » 

 

Extrait 2 

« Kreitz avait terminé de manger à la cuisine, et je lui ai appris que Hans devait revenir avec le nécessaire pour jardiner. Pour meubler le silence, j’ai interrogé Kreitz sur ses goûts. 

Puis une question m’est venue spontanément. Je lui ai demandé comment il avait abouti à Auschwitz ?

Kreitz s’est mis à grimacer.

Le sentant embarrassé, j’ai alors demandé :

— Personne ne vous a rien dit sur votre destination ?

— Non, a-t-il répondu sèchement.

À son expression et à la lumière de ses propos, j’en ai immédiatement déduit que les conditions d’acheminement dans les trains pour Auschwitz étaient mauvaises.

Puis, j’ai dit :

— N’avez-vous pas élevé une protestation officielle lors de votre départ ? Les trains allemands ont une certaine réputation. On ne saurait tolérer un service réduit ou insuffisant.

— Non. Personne n’a protesté, a fait Kreitz.

— Eh bien, vous avez eu tort ! »

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Il n’y a pas de fleurs en enfer  Par Albert Bensoussan La République des livres du 24 novembre 2020

Le comptable d’Auschwitz s’en est bien sorti : sur une colonne il n’alignait que les chiffres des cadavres que les autres entassaient devant les chambres à gaz, et sur l’autre la cause fictionnelle de la mort : pneumonie, typhus, crise cardiaque, rien que de très naturel… Nous sommes à Auschwitz, côté jardin où tout est tellement normal, monstrueusement normal. Tel est le parti pris d’Anton Stoltz dans son récit concentrationnaire Le jardin du Lagerkommandant. Hannah Arendt, rendant compte du procès d’Eichmann à Jérusalem, parlait de « la banalité du mal ». Stoltz, pour sa part, et dans ce sillage, entend rapporter une « monstrueuse normalité » aux abords du plus abominable des camps de la mort. (...) le récit d’Anton Stoltz, d’une remarquable efficacité par le point de vue adopté privilégiant le jardin (sans fleurs) sur la cour (jonchée de cadavres), est une pierre blanche sur le tombeau du souvenir. Ainsi les Juifs déposent-ils au cimetière, sur la dalle de leurs disparus, un caillou qui est toujours une marque de mémoire. Vergiss mein nicht, ne m’oubliez pas, disent les Allemands qui sont à l’origine de la légende du myosotis. Et Anton Stoltz, ce Canadien qui est un écrivain nomade et archiviste, nous recommande dans ce livre exemplaire, d’une bouleversante écriture, de ne pas oublier. Lire la suite  sur :https://larepubliquedeslivres.com/il-ny-a-pas-de-fleurs-en-enfer/

Repris dans Forum.fr  avec une illustration originale : https://www.jforum.fr/il-ny-a-pas-de-fleurs-en-enfer-albert-bensoussan.html
 
Découvrez un extrait du "Jardin du LagerKommandant" et l'analyse profonde qu'en a fait Nikola Delescluse sur "Paludes - Radio Campus Lille" https://paludes.fr/2020/11/21/mes-lectures-confinees-saison-2-episode-8/
 
 
et  une chronique de Nathalie Benoy sur radio France Bleu Gascogne : "Une minute pour un livre"
 
Une chronique de Jean-Claude Lebrun dans l'Humanité du 19 novembre 2020 : Anton Stoltz. "Une certaine odeur tenace" 
 
Delphine Chaume a chroniqué "Le Jardin du Lagerkommandant" d'Anton Stoltz sur le compte instagram d'Un livre un jour : https://www.instagram.com/tv/CGM2oPfKlwA/...
 
Le 4 décembre Arnaud Armengaud présente "Le Jardin du Lagerkommandant"  dans dans l'émission de Delphine Chaume : Un livre un jour (France 3)
 

Un "billet" de Jacques Brélivet sur Unidivers en fait une longue présentation très bien illustrée sous le titre : AUSCHWITZ, CÔTÉ JARDIN : extrait 

Anna Nebel est l’élégante épouse de l'Untersturmfürhrer Hans Nebel , un homme qui occupe un grade modeste dans la hiérarchie militaire nazie, et qui reçoit l’ordre d’aller servir à Auschwitz en automne 1943. L’officier y tiendra la comptabilité et le fichier d’un camp de prisonniers. C’est du moins ce qu’il dira à sa femme maintenue jusqu’au bout dans l’ignorance de la nature du lieu d’internement et la finalité exacte de la mission que ses supérieurs lui ont confiée. Anna et leurs deux enfants, Joachim et Helmut, vont donc le suivre. Avec insouciance et confiance. C’est le début de l’hallucinant récit d'Anton Stoltz qui nous donne à voir la vie quotidienne d’un couple cantonné dans sa « villa » à deux pas du camp d’extermination d’Auschwitz.

Anna sera l’unique narratrice du livre, une épouse d’officier dont la photo de couverture du roman choisie par l’éditeur pourrait bien être aussi la sienne : une femme d’une quarantaine d’années, posture altière, sourire laissant apparaître une dentition et des lèvres parfaites, mise élégante et soignée, cheveux blonds refermés sur un chignon impeccable, chapeau bibi de feutre noir légèrement incliné sur le front, manteau sombre et strict à l’encolure rehaussée d’une fourrure de renard élégante sans outrance, longs gants de cuir et petit sac à main, parfait stéréotype du mannequin des années 30 et 40. La femme de la photo n’est pas une inconnue quand on lit la légende : c’est Magda Goebbels..."   Lire la suite  sur https://www.unidivers.fr/le-jardin-du-lagerkommandant-anton-stoltz/ 

 

Patryck Froissart a chroniqué "Le Jardin du Lagerkommandant" sur le site La Cause littéraire

" Le dessein et l’art de l’auteur consistent alors tout au cours du texte à exprimer l’horrible décalage entre les petits soucis, dont celui de faire naître près de sa villa un jardin tropical, d’Anna Nebel obnubilée par la confiance sans réserve qu’elle éprouve et clame à l’endroit du régime, du Führer, de son objectif « naturellement naturel » d’épuration ethnique, mais qui ne veut ni voir, ni entendre, ni savoir, ni même concevoir par quels moyens s’opère près de sa maison l’immonde « solution finale », même quand elle se plaint de l’odeur des fumées qui s’échappent des cheminées du camp, même quand cette odeur lui rappelle précisément celle d’un crématorium près de quoi elle a précédemment vécu, parce que l’explication « hygiénique » que son mari lui en donne est la seule qui puisse, dans son univers mental conditionné, être en harmonie avec les « nobles intentions humanistes » du Troisième Reich."

Voir l'article en entier : http://www.lacauselitteraire.fr/le-jardin-du-lagerkommandant-anton-stoltz-par-patryck-froissart

 

Le jardin du Lagerkommandant Anton Stoltz – Marc Verlynde dans La viduité

Exercice d’équilibriste que celui d’Anton Stoltz que celle d’une plongée dans la conscience d’ordinaires salauds. Le pire est que ça marche. Et sans avoir à sombrer dans le commentaire, Anton Stoltz nous interroge discrètement sur la fascination que continue à exercer un roman avec ce genre de sujet. Lire le pire pour continuer à croire qu’il n’arrivera pas ou plutôt se demander, nous, quels sont nos aveuglements.

Voir l'article en entier : https://viduite.wordpress.com/2020/10/16/le-jardin-du-lagerkommandant-anon-stoltz/ 

 

Chronique Livre : LE JARDIN DU LAGERKOMMANDANT de Anton Stoltz par Patrick Cargnelutti Sur le Blog Quatre Sans Quatre 

"Logée dans une villa à quelques kilomètres du camp d'extermination, Anna a obtenu de Hans du personnel de maison prélevé parmi les prisonniers : une Jeune Juive, 17 ans, et une Témoin de Jéhovah, une Bibleforscherin, Elisabeth, travaillant du matin au soir sans jamais se plaindre. La Juive - on n'emploie jamais son prénom - déclenche la méfiance des Nebel, et se voit bien vite assignée à des tâches secondaires. La Bibleforscherin, quant à elle, excite la convoitise de toutes les amies d'Anna. Ces gens-là « ne volent pas et ne s'enfuient pas » et, surtout, sont prêts à se tuer à la tâche. Les Nebel en sont presque à se demander si le Reich n'a pas été injuste envers eux...

Peu à peu, l'humeur de Hans se dégrade, il boit trop, parle par énigmes, de moins en moins obscures, à son épouse qui, officiellement, ne sait rien de ce qui se passe derrière les barbelés, et ne souhaite surtout pas remettre en question la confortable version officielle de la générosité allemande envers ces peuplades à rééduquer. Rien ne peut la sortir de son déni..."

 Voir l'article en entier : http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-le-jardin-du-lagerkommandant-de-anton-stoltz-1602257050

et aussi :

Revue Dissonances 18 novembre, 21:37  vient de lire "Le jardin du Lagerkommandant" (Anton STOLTZ, éd. Maurice Nadeau, 2020) qui est l'étrange récit du séjour à Auschwitz en pleine activité (1943), dans une villa charmante complètement décalée, d'Anna, gentille bourgeoise aryenne ingénument nazie et épouse aux petits soins d'un Untersturmführer que son boulot au camp (dont elle ignore tout) finit par perturber : en est sortie... troublée (a trouvé ça puissant) https://www.facebook.com/revue.dissonances/

 
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