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Anton Stoltz

Le Jardin du Lagerkommandant

À paraître le 8 octobre 2020

Automne 1943. Dans le camp d’extermination d’Auschwitz, Anna, la femme de l’Untersturmführer Hans Nebel chargé de la comptabilité et du fichier du camp d’Auschwitz, désire ardemment posséder un jardin comme celui du Lagerkommandant, agrémenté d’une serre, où pourraient être cultivés des fruits exotiques... 

Le récit est mené du point de vue d’Anna. Celle-ci mène une existence plutôt tranquille et confortable dans une « villa » située à quelques kilomètres du camp d’extermination, et est tenue par son mari dans l’ignorance du fonctionnement exact de la gigantesque machine de mort en cours. Sa préoccupation principale est d’élever ses enfants et de mener une vie mondaine en compagnie d’autres femmes d’officiers SS, tout en employant à son service des détenus juifs ou fondamentalistes, dont la survie dépend du bon vouloir de la maîtresse de maison.

Ce roman, d'une rare puissance d'évocation et d'une grande force d'écriture, apporte un autre éclairage et un angle inédit sur l'une des pages les plus sombres du nazisme

Anton Stoltz est un écrivain canadien né à Sherbrooke. Après des études en histoire et en économie, il a passé un certain nombre d’années à l’étranger, où il a travaillé à titre de traducteur au sein de diverses entreprises et organisations. Le Jardin du Lagerkommandant est son premier roman.

Extrait

Extrait 1

« Nous avons bu toute la soirée. À la fin, Hans s’est mis à disserter sur l’impératif catégorique de Kant, un philosophe dont il aimait lire les ouvrages lorsqu’il était étudiant. Il s’est demandé en quoi le national-socialisme avait ajouté à la morale de « l’homme de Koenigsberg?», comme il se plaît à le désigner. Il a dit que la morale au sens où l’entendait Kant ne pouvait être discutée que si des hommes tels les gens du Corps avaient le courage de poser la question de l’impératif catégorique en termes dramatiques, excessifs, grâce à une action nouvelle, inconcevable jusque-là pour l’esprit humain. 

Je n’ai pas compris grand-chose à ce que racontait Hans, surtout lorsqu’il a parlé d’impératif catégorique, je n’entends rien à la philosophie, mais pour ne pas être en reste je lui ai dit :

— Tu n’es évidemment pas Kant, mais ton expérience à Auschwitz vaut bien la sienne à Koenigsberg. Il n’y a pas de honte à compter les morts, comme il n’y a aucune honte à être vendeur dans un magasin de chaussures ou fossoyeur.

Ma phrase a piqué Hans au vif. Il s’est emporté et a répliqué :

— Ce ne sont pas là des activités du même ordre, Anna.

Tel n’était pas mon avis. Tous les métiers avaient une valeur. Et celui qui consistait à compter les morts valait bien les autres, si l’on voulait bien considérer la question autrement que par le petit bout de la lorgnette. » 

 

Extrait 2 

« Kreitz avait terminé de manger à la cuisine, et je lui ai appris que Hans devait revenir avec le nécessaire pour jardiner. Pour meubler le silence, j’ai interrogé Kreitz sur ses goûts. 

Puis une question m’est venue spontanément. Je lui ai demandé comment il avait abouti à Auschwitz ?

Kreitz s’est mis à grimacer.

Le sentant embarrassé, j’ai alors demandé :

— Personne ne vous a rien dit sur votre destination ?

— Non, a-t-il répondu sèchement.

À son expression et à la lumière de ses propos, j’en ai immédiatement déduit que les conditions d’acheminement dans les trains pour Auschwitz étaient mauvaises.

Puis, j’ai dit :

— N’avez-vous pas élevé une protestation officielle lors de votre départ ? Les trains allemands ont une certaine réputation. On ne saurait tolérer un service réduit ou insuffisant.

— Non. Personne n’a protesté, a fait Kreitz.

— Eh bien, vous avez eu tort ! »