En librairie le 7 mai 2026
Jacques B., dit Petit-Jacques, a raconté à l’autrice de ce livre son histoire de truand à l’ancienne. Pascale de Trazegnies nous brosse une existence d’enfant placé, faite d’errances, de vols de voitures, de casses de coffres-forts, de passages répétés en prison. Une histoire à la première personne, découpée comme des séquences cinématographiques, de relations romanesques avec des stars en tous genres, Roger Vadim ou Jacques Mesrine, où le ton détaché et l’ironie jonglent avec les hauts et les bas d’une destinée.
Pascale de Trazegnies, est musicienne et écrivaine belge de langue française, née à Bruxelles en 1948, Elle vit actuellement entre Paris et le Lot. Elle est l’autrice de plusieurs ouvrages, dont L’État de veille, Fixot, 1988, L’Indécise, Fixot, 1991, Succès damnés (collectif), Luce Wilquin, 1996, Le Mort, Act Mêm, 2010, Ô Orchidées !, Flammarion, 2018 (illustrations de Djohr, d’après Fleurs des serres et des Jardins de l’Europe, Van Houtte, 1845-1855), L’Œuvre au rose, avec des œuvres originales de Myriam Baudin, Dumerchez, 2025.
« Nous avons été transbahutés à droite à gauche, petit bagage à la main. Notre mère n’ayant plus donné signe de vie, nous étions considérés comme des enfants de l’Assistance publique. Nous lui appartenions.
Visites médicales par ci, par là, infirmières, nonettes, cornettes, éducatrices à lunettes... Même pas un vieux nounours à traîner par la patte. Déposés en catastrophe par ma mère, nous n’avions aucun objet personnel... pas la moindre petite fleur séchée, le moindre talisman.
Peut-être est-ce déjà là qu’on développe un sens différent de la propriété. Nous n’avions rien à nous, le réflexe se crée de ne posséder rien... comme une seconde nature et, dans la logique des choses... de posséder tout. Le mépris de la possession des biens matériels s’appliquait aux biens des autres. Le monde se dessinait comme un grand panier dans lequel on puisait au fur et à mesure de ses besoins. »
« L’acteur italien m’ouvre la porte. Il sourit large.
Sur le lit, assise, la Danoise en sortie-de-bain blanche. Elle fume une cigarette longue. Elle sourit aussi. Par mimétisme. Il y a un mois, elle ne me souriait jamais. Elle se promenait nue devant moi, par défi. Par mépris.
Les femmes qui me méprisent ne m’excitent pas. Et je hais la nudité gratuite. Je suis tellement nu dans ma tête. Le vêtement est le dernier rempart de ma fragilité. De notre fragilité.
— Qu’est-ce que tu veux boire ?
— Je ne sais pas, quelque chose de frais.
— Tu dînes avec nous ce soir ?
Je retrouvais chez l’acteur italien des similitudes avec le réalisateur français. La même générosité naturelle. La gravité insouciante. Le sens du jeu, peut-être.
Il me prit une chambre au Palazzo, la même que la sienne, pas la chambre de bonne au troisième étage.
Il reste très vivant dans ma mémoire. On n’oublie pas les seigneurs. »