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Stig Dagerman

Le Froid de la Saint-Jean (Poche)

En librairie le 5 juin 2026

Dans ce recueil, le romancier se livre ouvertement. Les souvenirs autobiographiques se mêlent aux choses vues, la description à l’examen de conscience. En toutes ces nouvelles, Dagerman révèle son esprit lucide et angoissé, ironique et compatissant, cruel et sensible. On comprend mieux pourquoi, très jeune encore, il a eu recours au suicide. Ce recueil contient outre la nouvelle Le Froid de la Saint Jean qui lui donne son nom, La voiture de Stockholm, Viande salée et concombres, L’échiquier de poche, Quand j’ai ramé pour un lord, Bon Soir, Voyage du samedi, Adieu à la mer, Il était une fois au mois de mai, Ma rencontre avec Strindberg, Classes 25 et 23, L’hiver à Belleville, Flâneries dans le quartier de Klara, Ennuis de noce, Stig Dagerman, l’écrivain et l’homme, L’homme qui aime, L’homme qui va mourir, Le voyageur.
Traduit du suédois par C. G. Bjurström et Lucie Albertini. Préface et bibliographie de l’auteur par Lucie Albertini. 208 pages, 9,90€.

Stig Dagerman, l’un des plus brillants écrivains suédois, né en 1923, s’est donné la mort en 1954. C’est Maurice Nadeau qui a publié en français en premier les œuvres de Stig Dagerman.

Extrait

LE FROID DE LA SAINT-JEAN : " Il lui arrive de sortir ses livres de classe de la petite caisse en bois, sous la fenêtre, et de se planter au milieu de la pièce et de chercher. C’est bête et ça n’a pas de sens et ça lui fait mal et pourtant il le fait avec brutalité, en ricanant comme s’il était, lui, son propre ennemi. Les enfants de pauvres ont souvent de vieux livres de classe, achetés chez un bouquiniste avec toutes les taches et les annotations des autres. Le précédent propriétaire a gravé avec lourdeur son nom à la première page. On n’arrive jamais à effacer ces lettres. Les enfants de pauvres écrivent leur nom en dessous avec des traits au crayon très fins, faciles à effacer pour que leurs mères en obtiennent le meilleur prix lorsqu’à la fin de l’année scolaire elles revendent les livres. Ses livres qui portent la marque des autres et il se dit, parfois, que c’est pour cela qu’il a échoué. Les enfants de pauvres n’ont pas le droit d’échouer, d’une part parce que c’est une honte et d’autre part parce que ça coûte trop cher. Par une de ces idiotes et étouffantes matinées de juin, juste avant de se rendre avec les autres facteurs à la salle de distribution, il est là, au milieu de sa chambre et il feuillette pour se faire mal ses vieux livres de classe. Puis il les replace dans la caisse avec grand soin, on dirait qu’il fait quelque chose qui n’est pas permis. C’est possible. Ils ne sont plus à lui. Il n’y a plus droit. Au mois d’août, juste avant la rentrée des classes, on les revendra. "


ADIEU À LA MER : " Je dis camarades et c’est à toi que je pense, Johan Lundcrantz, chauffeur, navigateur au long cours, toi qui connais tous les ports du monde, toi, Barbro, dispensatrice de baisers, toi, la nymphe des mers et l’amante de beaucoup, et toi, Lilija, le matelot, compagnon protecteur des faibles et victorieux des forts.
Aujourd’hui je me souviens de vous et je sais que celui qui était tantôt un timide lycéen épris d’idéal, tantôt un marin vendeur de journaux et tantôt un parmi les autres vagabonds de la mer, se souviendra toujours de vous à cause de ce que vous lui avez donné.
Vous m’avez enseigné que les cœurs sont durs, que l’amour est inconstant, qu’il est important d’avoir les poings solides et vous m’avez appris la valeur d’une amitié vraie.
C’est pourquoi le lycéen vous remercie et, je le crois aussi, l’étudiant. Car l’étudiant n’est pas un autre ! "


LE VOYAGEUR : " Je quitte et des rêves immuables et des liaisons instables. Je quitte une carrière prometteuse qui m’a promis et mon propre mépris et la considération générale. Je quitte et une mauvaise réputation et la promesse d’une réputation pire encore. Je quitte quelques centaines de milliers de mots, certains écrits avec plaisir, la plupart écrits avec ennui et pour de l’argent. Je quitte une situation financière misérable, une position irrésolue face aux problèmes de notre temps, un doute usagé, mais de bonne qualité et l’espoir d’une délivrance.
J’emporte, dans mon voyage, une connaissance inutile du globe, une lecture superficielle des philosophies et de la troisième voie, un désir d’anéantissement et l’espoir d’une délivrance. J’emporte, de plus, un jeu de cartes, une machine à écrire et un amour malheureux pour la jeunesse européenne. J’emporte enfin la vision d’une pierre tombale qui s’élève dans le désert ou au fond de la mer et porte cette inscription?:

CI-GÎT
UN ÉCRIVAIN SUÉDOIS
TOMBÉ POUR RIEN
SON CRIME?: L’INNOCENCE
OUBLIEZ-LE SOUVENT. "