RENTRÉE LITTÉRAIRE : En librairie le 4 septembre 2026
Paris, 2013. Peu importe l’année. Ça ne dit pas grand-chose de cette histoire. Il pleut et c’est l’hiver. Terrence erre. Ava n’a plus de désir. Il ressasse son obsession. Puet-on faire couple sans désir ? Pour elle, oui, car il reste l’amour. Et c’est suffisant. Pour lui non, et c’est un drame. Il est plus terre à terre. Un gouffre s’ouvre, dans lequel il plonge. On se nourrit parfois de son propre chagrin. Mais, pour faire face, Terrence a besoin d’embrasser un malheur plus grand que le sien. C’est une solution comme une autre. Alors il rôde devant la cage d’Aramis, la panthère de la ménagerie du Jardin des Plantes. Lui dans sa prison mentale et elle dans son minuscule enclos. Que cherche-t-il ? Une idée peut-être... qui germe en lui, affolante et déraisonnable. Elle lui redonne le sourire. Il y a des frontières dont, une fois franchies, on ne revient pas. C’est un risque à prendre.
Puissant roman sur le délitement du couple et la disparition du désir, Fatal Éros explore la fragile ligne de crête entre les pulsions érotiques et destructrices dans une époque où l’on pense pouvoir s’affranchir des corps.
Cyrille Falisse est libraire en Provence. Il est l’auteur d’un premier roman, Seuls les fantômes, publié par les éditions Belfond en 2024. Fatal Éros est son second roman. ISBN : 978-2-86231-700-7 224 p. 21€
Extrait 1 : "Il pense qu’elle ne l’a pas vu. Il la regarde avec intensité. Pour ne rien perdre. Comme si elle allait s’évanouir là, un corps sous un linceul blanc. Abracadabra. Le drap tombe sur le sol. Vide de tout. Il s’appuie sur le mur son verre en mains. La bière froide dégouline autour de son menton. Il n’est encore qu’un corps en attente d’elle ou d’une autre. Il en va ainsi des soirées. Ne pas rentrer seul.
— Qui est-ce ?
— De qui parles-tu ?
— Il n’y en a qu’une. Elle danse les bras en l’air !
— Ah... C’est Ava.
Il lui adresse la parole, dit des fadaises. Elle feint de rire. Elle regarde derrière lui ou le nez dans son verre. Parfois elle plante ses yeux bleu nuit dans les siens comme elle brave un danger.
Je couche le premier soir, c’est ma principale qualité, lui annonce-t-elle alors qu’ils arrivent dans son appartement rue des Archives. Il éclate de rire et prend le temps de décapsuler deux bouteilles. Il lui en tend une alors qu’il avale déjà une gorgée. Il ne lui répond pas qu’il a lui peur de coucher le premier soir, peur d’être jugé ou emporté trop vite. Alors il traîne au goulot et s’abreuve de regards floutés par le cul. Il propose de continuer à boire. Il est 4?heures du matin. Allons plutôt nous allonger.
Quand il y repense, il se souvient surtout de l’électricité. Il avait soif d’une peau à lécher et la sienne piquait. Des petites décharges sur la langue. Il aurait aimé qu’elle transpire pour la boire. Leurs peaux s’apprivoisaient. Les paroles pouvaient se défaire, livrer leurs parts d’ombres. Mais déjà il y avait des manques. Car c’est par là que tout commence."
Extrait 2 : "Terrence pénètre dans la fauverie et son bâtiment art déco où il fait une chaleur moite. Il est là. Comme tous les jours depuis qu’il est arrivé de Varsovie. En attente d’un transfert au Parc Zoologique de Paris. Il fait les dix pas. Aller-retour dans son minuscule enclos. À peine l’espace nécessaire pour tourner quand il arrive au bout de sa ligne droite. Quelques pas. Contorsion. Quelques foulées. Contorsion. Mécanique. Fluide. Terrifiant de rage contenue. Une vie de bagnard. Il faut l’imaginer marcher dans les forêts du Brésil ou de l’Argentine. Libre. Jamais il ne regarde les visiteurs. Il les ignore comme il ignore Terrence qui est hypnotisé par sa monotone et puissante démarche. Sa gueule est énorme et son corps n’est qu’une masse unie de muscles sur une robe noire. Son mélanisme rare. Il ressemble à ces types qui passent leur temps à se muscler en prison. Soulever de la fonte. Marcher. Faire des pompes. Courir. Taper dans un sac. Fracasser des pommettes avant d’être mis à terre par des matons. Ils l’ont appelé Aramis. Terrence est partagé entre cette présence d’une beauté électrique et cette tristesse de la voir contrainte. Aramis. Le nom d’un personnage de fiction. Un des trois mousquetaires. Un nom de guerre inspiré d’Henri Aramitz. Ils lui ont donné un nom de guerre en le privant d’armes.
Soudain son téléphone se met à vibrer dans sa poche. Sous la paume et la caresse de ses doigts de pianiste. Le petit lien qu’il leur reste. Utile quand les corps se séparent pour leur rappeler qu’il y a encore. Là. Cachés au fond de l’absence. Des peaux qui attendent.
C’est Ava. Ava au bout de la ligne. Aramis continue de tourner inlassablement dans son aquarium obscène, toujours sans un regard pour son propre reflet et Terrence qui s’y révèle à intervalles réguliers. Il n’y a que lui et sa démarche. Terrence ne décroche pas. Il préfère continuer de tourner lui aussi dans sa petite cage d’obsession. Il préfère remâcher les mots prononcés et les détacher syllabes par syllabes. Il veut jouir de sa peine. Qu’on le laisse se morfondre devant un jaguar qui ne foulera jamais les forêts denses et humides de l’Amérique du Sud."
Paris, 2013. Peu importe l’année. Ça ne dit pas grand-chose de cette histoire. Il pleut et c’est l’hiver. Terrence erre. Ava n’a plus de désir. Il ressasse son obsession. Peut-on faire couple sans désir ? Pour elle, oui, car il reste l’amour. Et c’est suffisant. Pour lui non, et c’est un drame. Il est plus terre à terre. Un gouffre s’ouvre, dans lequel il plonge. On se nourrit parfois de son propre chagrin. Mais, pour faire face, Terrence a besoin d’embrasser un malheur plus grand que le sien. C’est une solution comme une autre. Alors il rôde devant la cage d’Aramis, la panthère de la ménagerie du Jardin des Plantes. Lui dans sa prison mentale et elle dans son minuscule enclos. Que cherche-t-il ? Une idée peut-être... qui germe en lui, affolante et déraisonnable. Elle lui redonne le sourire. Il y a des frontières, une fois franchies, dont on ne revient pas. C’est un risque à prendre.
Puissant roman sur le délitement du couple et la disparition du désir, Fatal Éros explore la fragile ligne de crête entre les pulsions érotiques et destructrices dans une époque où l’on pense pouvoir s’affranchir des corps.
Cyrille Falisse est libraire en Provence. Il est l’auteur d’un premier roman, Seuls les fantômes, publié par les éditions Belfond en 2024. Fatal Éros est son second roman.