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Les Wagons rouges

Durant sa courte existence de fébrile création littéraire, Stig Dagerman a sans cesse accompagné ses romans de nouvelles et de textes qui concentrent souvent en quelques pages quelques-unes de ses visions essentielles, passant du récit à la satire et du réalisme au fantastique. C’est ce dernier aspect qu’illustre la réédition de ce recueil, qui prend sa place auprès d’un recueil de nouvelles psychologiques et d’un recueil de textes et de nouvelles d’ordre autobiographique, sous les titres Notre plage nocturne et le Froid de la Saint-Jean, tous deux parus aux éditions Maurice Nadeau. 

Il était naturel que le monde angoissé de Stig Dagerman et son observation aiguë de la réalité débouchent sur le fantastique, ce monde où les choses prennent soudain un aspect inattendu et révélateur, comme dans les Wagons rouges, qui ont donné leur nom à ce recueil. Il y a là le monde terrifiant de l’Homme de Milesia et les aventures menaçantes qui se déroulent dans Quand il fera tout à fait noir, mais aussi les galéjades du Huitième jour ou les visions ironiques du Procès, la satire de l’Homme qui ne voulait pas pleurer et l’anticipation amusée de Comme un chien, en attendant le piège se referme sur le Condamné à mort... 

Ces nouvelles ont été écrites entre 1946 et 1954. 

Stig Dagerman, l’un des plus brillants écrivains suédois, né en 1923, s’est donné la mort en 1954. Ont été aussi publiés en français dans la collection Les Lettres nouvelles de Maurice Nadeau, l’Enfant brûlé, le Serpent, l’Île des condamnés, Ennuis de noce, parmi d’autres textes et recueils. 

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€ 18.00

Ennuis de noce

Lorsqu’Ennuis de noce paraît en 1949, l’oeuvre ressort d’un genre traditionnel en Suède : depuis le XVIe siècle, le poème satirique composé à l’occasion des mariages, chante les mérites des nouveaux époux et, en même temps sur un mode humoristique, permet de leur dire des vérités pas toujours plaisantes. L’action se déroule ici en vingt-quatre heures dans un village où la fille du vieux Victor épouse le boucher, mais c’est d’un autre dont elle est enceinte. Les nombreux invités de la noce ont chacun, comme Hildur la nouvelle épousée, leurs drames et leurs secrets, et la bacchanale qui dure jusqu’au petit matin devient un cruel “jeu de la vérité” où le tragique se mêle au burlesque. 

Ennuis de noce est le dernier roman qu’ait achevé Stig Dagerman avant de se donner la mort à trente-deux ans. Une oeuvre qui prend place auprès de l’Enfant brûlé, le Serpent, l’Île des condamnés, parmi les plus fortes et les plus émouvantes de celui qui devait conquérir une célébrité mondiale, hélas ! posthume. 

Parue en français dans la collection des Lettres nouvelles en 1982, la présente réédition est augmenté d’un texte de Stig Dagerman, Comment j’ai écrit “Ennuis de Noce”, et d’une Postface à Ennuis de Noce”, par la fille de l’auteur, Lo Dagerman. 2016, 338 p., relié, 21 euros. ISBN 9782862312538

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€ 21.00

"Tard, un soir au mois d’août 1931, je suis entré dans une écurie pour y rechercher un petit chat. Le chat n’y était pas et les deux vagabonds de ce soir-là ne s’y trouvaient pas non plus, sans doute s’étaient-ils glissés dans une stalle vide, cela n’a pas grande importance. L’important c’est que j’avais reçu dans la semaine – contre remboursement – un couteau de la firme Oscar Ahrén et une lampe de poche achetée, elle, à la Coop. Depuis, je rôdais chaque soir dans les dépendances, j’éclairais les poutres – ce livre d’hôtes des pauvres – et j’y gravais, sans me lasser, mon nom en des endroits toujours nouveaux. Ce soir-là aussi, je tirai mon couteau de son fourreau. Mais le hasard me fit éclairer deux lettres déjà gravées à cette place : E.E. À première vue, elles semblaient tracées de frais, mais un peu plus tard il m’est revenu que ces lettres représentaient les initiales d’un ancien amoureux de la fille de la maison. Il avait disparu depuis pas mal de temps et depuis même si longtemps que l’objet de sa flamme allait fêter, ce soir-là, à la ferme, ses noces avec un autre.

Je ne sais quel démon me poussa. Je rejoignis ceux qui tendaient des guirlandes dans la grande salle et je leur racontai que je venais de découvrir deux E., gravés de frais, sur le mur de l’écurie. Grand émoi, tout le monde dehors. Comme on me savait expert en inscriptions, on me crut aussitôt. Deux E., s’ils arrivent au bon moment, peuvent déclencher beaucoup de choses. Dans ce cas précis, ils firent naître tout un roman de soupçons. Ciel, un des vagabonds s’est déguisé ou bien, un troisième est là, invisible, il a parcouru une longue route pour venir gâcher ce mariage ! La passion, l’inquiétude, la peur s’emparèrent alors de nous tous pour ne nous lâcher qu’une fois la dernière bougie de cette nuit de noces éteinte.

Avant que ce souvenir, vieux de dix-huit ans, ne devienne Ennuis de noce, il a fallu qu’il traverse bien des aventures. Et d’abord qu’il connaisse le destin ordinaire d’un souvenir. Un souvenir fécond est comme un cintre sur lequel l’expérience accroche un tas de costumes. Bien avant que je ne « commence à écrire », ce souvenir supportait le poids de toutes sortes de vêtements. L’imagination y avait accroché, par exemple, des chemises de soie : Que se serait-il passé si E.E. avait été vraiment là ? Quelle tournure notre vie à tous aurait-elle prise si, tout à coup, E.E. avait frappé à la porte de la ferme et avait exigé d’avoir sa place à table ? Puis, le remords était venu y accrocher ses culottes de golf : Mon ami, pourquoi as-tu menti ? Et le regret y avait bien ajouté une ou deux cravates : Pourquoi le temps ne s’arrête-t-il pas pour celui qui est heureux ? Pourquoi faut-il toujours quitter les lieux que nous aimons et pourquoi faut-il que ceux que nous aimons nous quittent et nous laissent seuls ?

Seulement les beaux souvenirs ne font pas des romans, ils font des mémoires. Et ce qui différencie le romancier et l’auteur de mémoires c’est, entre autres, leur rapport avec les souvenirs. Le mémorialiste doit s’imaginer que les souvenirs restent là où il les a laissés, comme des événements inchangés et immuables. Le romancier sait à quel point la mémoire est trompeuse et il doit en tirer les conséquences, il doit même, oui, encourager de toutes ses forces la falsification. Pour lui, les souvenirs ne deviennent pas des faits, mais des prétextes, l’étendue d’eau par-dessus laquelle il bâtira son pont.

En tant que bâtisseur de ponts, il existe principalement trois problèmes dont la solution me fascine : et d’abord le problème de la communication. J’espère parvenir à rompre mon propre isolement grâce à un pont dont une des têtes se trouve en moi. L’autre tête se trouve chez ceux auprès de qui je cherche consolation. Puis, le problème de la construction de l’arche du pont : le problème artistique. Je veux éprouver la force de mon talent, ce talent dont il me faut douter à chaque instant sauf dans les rares moments où il me semble que je distingue, loin au-dessus de ma propre confusion, une arche plus hardie que je n’avais osé l’espérer. Le troisième problème est celui de l’environnement. Je veux offrir un panorama sur une étendue d’eau demeurée jusqu’ici inconnue de la plupart des gens, mais qui je crois vaut la peine d’être découverte d’en haut.

Le souvenir que je choisis ensuite comme prétexte parmi tous les prétextes possibles, dépend du problème qui, sur l’instant, m’apparaît comme le plus important. Un jour, ce sont les têtes du pont qui priment, un autre jour, c’est la beauté de l’arche, un troisième, c’est le panorama, tout dépend de la nature de mon désespoir. Il existe aussi une sorte d’avarice qui pousse l’auteur à déposer en gage auprès du temps certains sujets qui demandent beaucoup de forces, parce qu’il s’imagine qu’il n’en a pas encore assez pour les exploiter à fond. Une façon dangereuse de se tromper soi-même puisqu’il s’avère toujours que plus on puise dans une réalité plus celle-ci devient inépuisable et plus on s’enrichit soi-même."  

Stig Dagerman, extrait de "Comment j'ai écrit Ennuis de noce".

Le froid de la Saint Jean

Ici les souvenirs autobiographiques se mêlent aux choses vues, la description à l'examen de conscience. En toutes ces nouvelles Stig Dagerman révèle cet esprit lucide et angoissé, ironique et compatissant, qui fait le prix et l'originalité de sa création. On comprend mieux pourquoi, très jeune encore, il a eu recours au suicide. En préface à ce recueil, Lucie Albertini montre l'importance de "Stig Dagerman aujourd'hui".

Nouvelles traduites du suédois par C.G. Bjurström et L. Albertini.  197 p. (1988)

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€ 14.00

Notre plage nocturne

Ce sont là des nouvelles que l'on pourrait appeler "psychologiques". Dagerman y donne une image de notre monde dans son mélange de cruauté et de futilité, de richesse égoïste et de misère, de crasse et d'attendrissante pureté.

Nouvelles traduites du suédois par C.G. Bjurström et L. Albertini. 187 p. (1988)

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€ 13.00